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Sélection de quelques fragments

de janvier 2016 à aujourd'hui

Collection of a few fragments

since January 2016

Un col de chemise bleue qui ne laisse pas deviner un torse poilu. Le complexe des épaules trop velues. Des poignées d’amour qui restent cachées sous une chemise pas entièrement déboutonnée.




Après deux heures, son odeur a parfumé ma barbe. Je pose les mains sur mon visage, je recouvre ma bouche, ma barbe, mon nez. J’inhale. Il est là de nouveau.




Le clavier intuitif de mon iPhone a cessé de corriger les « ca » (c-a) en « ça » (c-cédille-a). Ça me rend complètement fou.




Mes quatre petits tapis entre mon bureau et mon canapé ne cessent de bouger, de se décaler, de laisser apparaître un bout de carrelage entre eux. Ils sont pourtant recouverts d’un antidérapant. Ça me rend complètement fou. Je ne pense plus qu’à ça.




Quand je vois un amant occasionnel, le meilleur moment est toujours celui où je rentre chez moi et que je chante sous la douche d’un air mélodramatique et désabusé.




Je ramène Amandine chez elle. Nous n’avons pas terminé notre conversation. Sur le parking, le moteur de ma voiture tourne toujours. Je n’ose pas l’éteindre, de peur qu’elle retrouve la notion du temps, et qu’elle me quitte.




« J’ai consulté mon téléphone : je n’avais aucun message. C’est à cela que servent les téléphones portables, à se rendre compte que personne ne pense à vous. Avant, on pouvait toujours se rêver que quelqu’un cherchait à vous joindre, à vous parler, à vous aimer. Nous vivons maintenant avec cet objet qui matérialise notre solitude. » David Foenkinos




Andrea a dit : « je suis quelqu’un de sauvage et je sais que les gens sauvages finissent leurs vies seuls. »




Le nouvel album de Madonna a fuité sur internet quelques jours avant sa sortie officielle en France. Je ne résiste pas, je le télécharge. Je ne sais pas si je dois l’écouter, ou non. Je le transfère sur mon téléphone, tout en ayant décidé de résister. Je me promène en ville avec le nouvel album de Madonna en poche. Ça me donne l’impression de me déplacer avec une cellule de cyanure, à croquer en cas de nécessité.




On dort l’un contre l’autre. On s’enchevêtre. Pieds, jambes, mains, bras. Après un moment, je perds ma sensibilité, mes muscles s’engourdissent. Les parties de mon corps en contact avec le sien s’endorment. Je n’arrive plus à avoir conscience de ma position ni de la sienne. Ces points de contact forment des soudures, on ne fait plus qu’un.




Sa propriétaire lui a écrit une lettre, à lui et ses colocataires, pour rappeler quelques règles générales. À la fin de la lettre, elle écrit cette phrase que personne ne comprend, en dehors de nous deux :
« fermez vos volets quand vous ne dormez pas ».




Depuis que j’ai mis des rideaux à mes fenêtres, je regarde beaucoup moins au-dehors. Je perds la notion d’extérieur, comme si je vivais dans un décor de cinéma situé dans un entrepôt.




La lumière met un certain temps à traverser l’espace. Lorsque l’on regarde le ciel étoilé, la lumière des astres nous parvient après des milliards d’années. Regarder les étoiles, c’est littéralement regarder le passé. En direction de l’éternité et de l’infini, la dernière image de ma grand-mère s’éloigne de la terre.




J’ai parfois peur d’écouter trop souvent des chansons sur lesquelles j’ai « fixé un souvenir ». À la manière d’un vêtement qui porte une odeur particulière, en le manipulant trop, on risque de laisser l’odeur s’évanouir.




Côte à côte dans le petit canapé, la distance entre nous se limite à l’épaisseur d’un plaid non partagé.




« Ce n’est pas parce que le Tout-Puissant a donné aux hommes le goût de la chair du homard qu’il a pour autant donné au homard le goût de se faire bouillir tout vif. »
Arabesque Saison 1, Épisode 4 : Bravo pour l’homicide




Jean dit qu’ils choisissent toujours des peintures de Paul Klee pour illustrer les couvertures des livres « intelligents ». Est-ce ce pour quoi voulait se faire passer Florent en choisissant Paul Klee en photo de profil sur Grindr, la première fois qu’il m’a parlé ?




Mon inscription forcée au Pôle Emploi me rappelle que je dois rendre des comptes sur mes projets à venir. En y réfléchissant bien, n’arrivant même pas à me projeter ne serait-ce qu’un mois dans le futur, je me rends compte que j’ai dans mon frigo un pot de crème fraîche qui a plus d’avenir que moi.




On filme des personnes devant un écran géant qui retransmet en direct ce qui est filmé. Chaque pixel de l’écran devient alors plus gros et discernable les uns des autres. Je me demande s’il y a à un endroit un pixel filmé qui est représenté en partie par lui-même.




Pour mon appartement, je me suis acheté une ménagère de six assiettes. Je suis seul pratiquement tous les jours. Du coup, pour ne pas user une seule et même assiette que je lave après chaque repas, je procède à un roulement pour répartir l’usure sur toutes les assiettes.




Le claquement du MacBook refermé avec violence. Tantôt comme le clap de fin d’une dispute ou tantôt de début d’une scène amoureuse.




J’ai déjà préparé ma défense au cas où l’un de mes voisins me reprocherait de chanter trop fort, et surtout, faux. Je répondrais qu’on empêche pas les mauvais coups de baiser, et que je ne vois pas pourquoi on empêcherait les mauvais chanteurs de chanter. À l’instar de la baise qui n’est pas réservé qu’aux pornstars et qu’aux putes, la chanson n’appartient pas qu’aux popstars.




J’alterne entre des périodes d’apprivoisement, et des périodes de retour à la vie sauvage.





Ma façon d’avancer n’est pas d’appuyer sur l’accélérateur, mais de lever le pied de la pédale de frein.




Je viens de tomber sur une vidéo, sur Instagram. Deux mecs qui me plaisent font des soirées ensemble. Je ne savais pas qu’ils se connaissaient. L’un et l’autre m’ont successivement ignoré à différents moments, de différentes manières. J’ai l’impression qu’ils célèbrent ensemble le chagrin qu’ils me causent.




Est-ce encore être quelqu’un d’alternatif que d’être couvert de tatouage en 2016 ?




Je veux regarder un film ce soir. Mais un film de moins de deux heures. Il y en a un qui me plaît dans ma bibliothèque, mais il dure deux heures et treize minutes. Je continue à chercher. J’en trouve un autre qui dure une heure cinquante-deux. Mais j’ai mis trente-cinq minutes avant de faire mon choix et de le mettre en lecture. Perdre trente-cinq minutes pour en gagner vingt et une.




Je suis en manque de chaleur humaine. J’ai laissé ma bouilloire allumée, elle affiche trente-sept degrés Celsius.

A blue shirt collar that conceals a hairy chest. The complex of hairy shoulders. Love handles that remain hidden behind a not entirely unbuttoned shirt.




For two hours, his smell has perfumed my beard. I lay my hands on my face, I wrap up my mouth, my beard, my nose. Breathing. He’s back.




My iPhone’s predictive text keyboard does not correct the word “its” (i-t-s) into “it’s” (i-t-apostrophe-s) any longer. It’s driving me crazy.




My four little carpets between my desk and my sofa can’t stop moving, shifting, letting the floor appears. Yet they are recovered by a non-slip layer. It’s driving me crazy. I can’t stop thinking about that.




When I met an occasional lover, the best part is always the one I go back home and sing under the shower with a melodramatic and disillusioned air.




I take Amandine back home. We haven’t finished our conversation. On the car park, my car’s motor is still running. I do not dare turning it off, because I’m afraid she gets back to the concept of time, and then, she leaves me.




“I checked my phone: I have no message. This is what mobile phones are about, they show you nobody thinks of you. Before you still could imagine that somebody was trying to contact you, talk to you, love you. Now we live with that object, materializing our loneliness.” After David Foenkinos




Andrea said: “I’m a wild person and I know that wild people end their lives alone.”




Madonna’s new album leaked on the internet a few days only before its official release in France. I can’t resist, I download it. I don’t know if I should listen to it, or not. I sync it on my phone, while I have decided to resist. I hang around in town with Madonna’s new album in my pocket. It feels like I’m walking with a cyanide pill to bit into in state of emergency.




We sleep side by side. We tangle our bodies. Foot, legs, hands, arms. After a moment, I lose my sensibility, my muscles get numbed. The parts of my body next to his fall asleep. I’m not aware anymore of my posture neither his. This contact points are like soldered joints, then we just make one.




His landlord wrote a letter to him and his flatmates, in order to remind them some rules. At the end of the letter, she writes this sentence that nobody understands, except him and me. “Close your shutters when you don’t sleep.”




Since I set curtains at my windows, I look much less outdoor. I’m losing all notions of outside, as if I was living in a movie set located in a hangar.




Light takes time to travel through space. When we’re looking at the starry sky, light reaches us after many billion years. Observing the stars is literally seeing the past. In the direction of eternity and infinity, the last image of my grandmother is moving away from Earth.




I’m sometimes afraid to listen too often songs on that I associate to a memory. The same way a clothing item holds a particular smell, handling it too much, the smell may vanish.




Side by side, in the little sofa, the distance between us is limited by an unshared plaid.




“Just because the Almighty gave people a taste for lobsters doesn’t mean that he gave lobsters a taste for being boiled alive.”
Murder She Wrote, Season 1, Episode 4: Hooray for homicide




Jean says they always choose Paul Klee to illustrate “clever books”. Did Florent want to look “clever” by choosing Paul Klee for his Grindr profile picture the first time he talked to me?




My forced registration to the employment agency reminds me I have to justify my projects to come. Upon consideration, not being able to project myself even a month in the future, I realize I own in my fridge a crème fraîche pot that has a brighter future than me.




One films someone in front of a giant screen which broadcast live what is filmed. Each pixel appears bigger and discernable one from another. I wonder if there is a filmed pixel partly represented by itself.




For my move, I bought a six-plate-set. I’m alone almost every day. So, in order not to wear out one and only one plate I wash after a meal, I proceed to a plate shift to spread erosion on each plate.




The slamming of a MacBook closed with violence. Sometimes as the end clap of an argument, sometimes as the beginning of a love scene.




I already prepare my defense in the case one of my neighbors reproaches me for singing too loud, and especially, out of tune. I would answer we don’t prevent bad screws from fucking, so I can’t understand why we would prevent bad singers from singing. Following the example that fucking is not kept for porn stars and whore, singing is not kept for pop stars.




I alternate between domesticating phases and phases of return to wildlife.My way to move on is not by pushing the accelerator but by easing up the brake pedal.




I just found a video, on Instagram. Two guys I like, who know each other are partying together. I didn’t know they know each other. One and the other ignores me successively at different times, in different ways. I feel like they are celebrating the sadness they cause in me.




Is it still being an alternative person that being covered up with tattoos in 2019?




I want to watch a movie tonight. But a movie shorter than two hours. I like one in my movie library, but it lasts two hours and thirteen minutes. I keep searching. I find another one lasting one hour and fifty-two minutes. But it took me thirty-five minutes to make my choice and to play it. Losing thirty-five minutes to win twenty-one.




I have a human warmth deficiency. I left my electric kettle on, it displays thirty-seven degree Celsius (98.6 °F).

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